Exigences réglementaires LCB-FT transversales applicables aux professions assujetties

Exigences réglementaires LCB-FT transversales applicables aux professions assujetties

Objet et champ d'application

Cette fiche présente le socle transversal des exigences LCB-FT applicables aux personnes et organismes assujettis au dispositif français de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Le point d'entrée du dispositif est l'article L.561-2 du Code monétaire et financier (CMF), qui énumère les catégories de professionnels assujettis.

La présente fiche doit être utilisée comme un référentiel commun, puis complétée par la fiche sectorielle de chaque profession. En effet, toutes les obligations ne s'appliquent pas avec la même intensité ni selon les mêmes modalités à chaque catégorie professionnelle.

Typologie utilisée dans cette fiche

NiveauSignification
SOCLE COMMUNPrincipe transversal applicable aux professionnels assujettis dans le champ prévu par le CMF
APPLICATION ADAPTÉEObligation dont l'intensité dépend du niveau de risque
OBLIGATION SECTORIELLEModalités précisées par les textes, autorités ou lignes directrices propres à la profession
À QUALIFIERApplicabilité dépendant du statut juridique exact, de l'activité ou du périmètre d'assujettissement

Principales références réglementaires

Le dispositif français repose notamment sur :

  • le Code monétaire et financier, particulièrement les articles L.561-2 et suivants ;
  • les dispositions réglementaires correspondantes du CMF ;
  • les textes relatifs au gel des avoirs et aux sanctions financières ciblées ;
  • les règlements et directives européens applicables ;
  • les arrêtés sectoriels relatifs à l'organisation et au contrôle interne ;
  • les lignes directrices conjointes de TRACFIN et des autorités de supervision ;
  • les doctrines, positions, recommandations et guides sectoriels des autorités compétentes.

Réserve importante

L'arrêté du 6 janvier 2021 relatif au dispositif et au contrôle interne LCB-FT et au gel des avoirs ne doit pas être appliqué mécaniquement à toutes les professions : son article 1 définit précisément les catégories d'« organismes assujettis » entrant dans son champ.

Approche par les risques

SOCLE COMMUN

Le dispositif LCB-FT repose sur une approche par les risques.

Le professionnel doit identifier, comprendre, évaluer et maîtriser les risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme auxquels il est exposé.

L'intensité des mesures de vigilance doit être proportionnée au risque.

L'évaluation doit notamment considérer :

  • la nature de la clientèle ;
  • les produits et services ;
  • les opérations ;
  • les canaux de distribution ;
  • les modalités d'entrée en relation ;
  • les pays et zones géographiques ;
  • les bénéficiaires effectifs ;
  • les contreparties ;
  • les modalités de paiement ;
  • les nouvelles technologies ;
  • les facteurs sectoriels spécifiques.

Cartographie des risques BC-FT

SOCLE COMMUN / APPLICATION ADAPTÉE

Le professionnel doit disposer d'une méthodologie permettant de déterminer ses expositions au risque.

Une cartographie opérationnelle comporte généralement :

  1. l'identification des facteurs de risque ;
  2. l'évaluation du risque inhérent ;
  3. l'identification des mesures de maîtrise ;
  4. l'évaluation de leur efficacité ;
  5. la détermination du risque résiduel ;
  6. la hiérarchisation des risques ;
  7. la définition des mesures correctrices ;
  8. une revue périodique et événementielle.

Exemples de facteurs

  • client particulier ou personne morale ;
  • activité économique ;
  • complexité juridique ;
  • pays de résidence ou d'activité ;
  • canal à distance ;
  • espèces ;
  • actifs numériques ;
  • volumes et fréquence des opérations ;
  • PPE ;
  • juridictions à haut risque ;
  • structures de détention complexes.

Classification du risque client

Chaque relation doit, lorsque le régime applicable le prévoit, être classée selon une méthodologie cohérente avec la cartographie.

Une classification peut comprendre :

  • risque faible ;
  • risque standard/modéré ;
  • risque élevé ;
  • risque très élevé ou situation nécessitant une décision spécifique.

La notation doit être explicable, documentée, révisable et traçable.

Un moteur de notation ne doit pas remplacer l'analyse humaine lorsque des circonstances particulières rendent le résultat automatique incohérent.

Identification et vérification de l'identité du client

SOCLE COMMUN

Avant d'entrer en relation d'affaires, le professionnel doit identifier son client et vérifier son identité selon les modalités prévues par le Code Monétaire et Financier.

Pour une personne physique, les données pertinentes comprennent notamment :

  • nom et prénoms ;
  • date et lieu de naissance ;
  • nationalité lorsque pertinente ;
  • domicile ;
  • document officiel d'identité ;
  • activité professionnelle selon le risque.

Pour une personne morale :

  • dénomination ;
  • forme juridique ;
  • siège ;
  • immatriculation ;
  • représentants ;
  • objet/activité ;
  • structure de propriété et de contrôle ;
  • documents constitutifs et justificatifs appropriés.

L'entrée en relation à distance exige des mesures adaptées au risque et aux textes applicables.

Bénéficiaire effectif

SOCLE COMMUN

Le professionnel doit identifier le ou les bénéficiaires effectifs lorsque la relation ou l'opération implique une personne morale, construction juridique ou situation relevant des textes.

Il doit :

  1. recueillir les informations nécessaires ;
  2. comprendre la structure de propriété et de contrôle ;
  3. vérifier les informations selon une approche par les risques ;
  4. traiter les divergences ou incohérences ;
  5. conserver la justification de son analyse.

La consultation d'un registre ne dispense pas d'une analyse critique lorsque les informations disponibles sont incohérentes ou insuffisantes.

Objet et nature de la relation d'affaires

Le professionnel doit comprendre :

  • pourquoi le client souhaite entrer en relation ;
  • la nature des services attendus ;
  • l'activité économique ;
  • les volumes prévisionnels ;
  • les zones géographiques concernées ;
  • les principales contreparties lorsque pertinent ;
  • l'origine et la destination prévisibles des fonds selon le risque.

Ces informations constituent le profil attendu auquel les opérations observées pourront être comparées.

Profil de risque

Le profil de risque doit combiner les données KYC avec les facteurs de risque pertinents.

Exemples de variables

  • activité ;
  • profession ;
  • revenus ;
  • patrimoine ;
  • structure juridique ;
  • bénéficiaire effectif ;
  • PPE ;
  • pays ;
  • produits utilisés ;
  • volumes ;
  • moyens de paiement ;
  • canal ;
  • historique des alertes.

Toute modification significative doit pouvoir entraîner une requalification du risque.

Vigilance constante

SOCLE COMMUN

La connaissance du client ne s'arrête pas à l'entrée en relation.

Le professionnel doit assurer une vigilance constante permettant :

  • de maintenir les informations à jour ;
  • d'examiner la cohérence des opérations ;
  • de détecter les ruptures de comportement ;
  • d'identifier les événements modifiant le risque ;
  • d'actualiser le profil et la classification.

Événements déclencheurs

  • changement d'actionnariat ;
  • nouveau bénéficiaire effectif ;
  • changement de dirigeant ;
  • changement de pays ;
  • activité nouvelle ;
  • hausse brutale des volumes ;
  • PPE nouvellement détectée ;
  • alerte sanctions ;
  • opération atypique ;
  • information négative pertinente.

Vigilance adaptée au risque

Le dispositif distingue plusieurs intensités de vigilance.

Vigilance normale

Elle constitue le régime de référence.

Vigilance simplifiée ou allégée

Elle n'est possible que lorsque les conditions légales sont réunies et que le niveau de risque le permet. Elle ne signifie pas absence de vigilance.

Vigilance renforcée

Elle est appliquée lorsque le risque est élevé ou dans les situations prévues par les textes.

Les mesures peuvent inclure :

  • collecte d'informations supplémentaires ;
  • validation hiérarchique ;
  • fréquence accrue des revues ;
  • examen renforcé des opérations ;
  • justification plus approfondie de l'origine des fonds ;
  • justification de l'origine du patrimoine ;
  • monitoring plus sensible.

Personnes politiquement exposées (PPE)

APPLICATION ADAPTÉE / MESURES COMPLÉMENTAIRES

La détection des PPE constitue un élément majeur du dispositif.

Le professionnel doit prendre en compte :

  • la PPE ;
  • les membres de sa famille visés par les textes ;
  • les personnes connues pour lui être étroitement associées.

Le statut de PPE n'implique pas qu'une personne soit suspecte. Il constitue un facteur de risque entraînant les mesures complémentaires prévues par la réglementation.

Ces mesures peuvent inclure :

  • autorisation appropriée pour la relation ;
  • détermination de l'origine du patrimoine ;
  • détermination de l'origine des fonds ;
  • surveillance renforcée.

Origine des fonds

L'origine des fonds vise à comprendre d'où proviennent les sommes utilisées dans une opération déterminée.

Exemples :

  • salaire ;
  • épargne ;
  • cession immobilière ;
  • dividendes ;
  • héritage ;
  • prêt ;
  • vente d'entreprise ;
  • remboursement ;
  • produit d'investissement.

L'analyse doit aller au-delà de la seule identification du compte bancaire émetteur lorsque le risque exige de comprendre la source économique réelle des fonds.

Origine du patrimoine

L'origine du patrimoine vise à comprendre comment le client a constitué sa richesse globale.

Elle est particulièrement importante pour :

  • PPE ;
  • clientèle patrimoniale ;
  • opérations très importantes ;
  • structures complexes ;
  • situations présentant un risque élevé.

Exemples de justificatifs :

  • cessions ;
  • successions ;
  • revenus professionnels ;
  • états financiers ;
  • participations ;
  • investissements ;
  • documents fiscaux lorsque pertinents.

Risque pays

La dimension géographique doit intégrer notamment :

  • juridictions identifiées comme présentant des déficiences stratégiques ;
  • pays sous sanctions ;
  • zones de conflit ;
  • pays exposés à la corruption ;
  • zones connues pour certains trafics ;
  • incohérence entre pays du client, activité et flux.

Le risque pays ne doit pas être utilisé isolément : il doit être combiné avec les autres facteurs de risque.

Sanctions financières ciblées et gel des avoirs

EXIGENCE DISTINCTE MAIS ÉTROITEMENT LIÉE AU DISPOSITIF LCB-FT

Le filtrage sanctions ne doit pas être confondu avec la détection du blanchiment.

Le dispositif doit permettre, selon le champ applicable :

  • d'identifier les personnes et entités désignées ;
  • d'identifier les entités détenues ou contrôlées lorsqu'il y a lieu ;
  • d'effectuer les levées de doute ;
  • d'appliquer sans délai les mesures de gel/interdiction requises ;
  • d'empêcher la mise à disposition de fonds ou ressources économiques ;
  • de documenter les décisions.

Le filtrage doit couvrir les populations pertinentes : clients, bénéficiaires effectifs, mandataires, bénéficiaires de paiement, contreparties et autres personnes selon le métier.

Scénarios de filtrage transversaux

Exemples

  1. Correspondance exacte ou approchante avec une liste de sanctions.
  2. Client devenu PPE.
  3. Bénéficiaire effectif sanctionné.
  4. Personne morale détenue ou contrôlée par une personne désignée.
  5. Bénéficiaire d'un paiement sous gel.
  6. Contrepartie située dans une juridiction soumise à restrictions.
  7. Modification d'identité susceptible de masquer une correspondance.
  8. Correspondance sur alias, translittération ou date de naissance.

Bonnes pratiques

  • gestion des faux positifs ;
  • justification de la levée de doute ;
  • traçabilité ;
  • quatre-yeux pour les cas sensibles ;
  • mise à jour rapide des référentiels ;
  • re-filtrage des bases lorsque nécessaire.

Scénarios de profilage et monitoring transversaux

Exemples

  1. Rupture brutale de comportement.
  2. Montants incompatibles avec le profil économique.
  3. Fractionnement d'opérations.
  4. Multiplication de tiers payeurs.
  5. Entrées suivies de sorties rapides.
  6. Flux circulaires.
  7. Utilisation de nombreux comptes.
  8. Opérations internationales sans justification.
  9. Compte dormant soudainement réactivé.
  10. Multiplication de petites opérations convergeant vers un même bénéficiaire.
  11. Paiement vers un tiers non prévu.
  12. Modification fréquente des coordonnées bancaires.
  13. Opérations complexes sans justification économique.
  14. Activité sans rapport avec l'objet déclaré.
  15. Refus répété de fournir des justificatifs.

Les scénarios doivent être adaptés au métier : un scénario pertinent pour une banque ne l'est pas nécessairement pour un notaire, un casino ou un expert-comptable.

Détection d'une opération atypique

Une opération atypique n'est pas automatiquement une opération suspecte.

Elle constitue un événement nécessitant une analyse.

Le traitement doit permettre de répondre notamment aux questions suivantes :

  • l'opération est-elle cohérente avec le profil ?
  • quelle est sa justification économique ?
  • qui en bénéficie réellement ?
  • quelle est l'origine des fonds ?
  • existe-t-il un lien avec une juridiction ou contrepartie à risque ?
  • les justificatifs sont-ils cohérents ?
  • l'explication du client est-elle plausible ?

Gestion des alertes

Une chaîne de traitement robuste comprend :

Détection → Alerte → Analyse → Enrichissement → Décision → Clôture ou escalade → Soupçon éventuel → Déclaration

Chaque alerte doit comporter :

  • motif ;
  • données sources ;
  • analyste ;
  • diligences réalisées ;
  • documents consultés ;
  • conclusion ;
  • justification ;
  • date ;
  • niveau de validation.

Une alerte clôturée doit être justifiée, pas simplement supprimée.

Examen renforcé

Les opérations particulièrement complexes, d'un montant inhabituellement élevé ou ne paraissant pas avoir de justification économique ou d'objet licite doivent faire l'objet des diligences prévues par le CMF.

L'examen doit permettre d'établir :

  • l'origine et la destination des sommes ;
  • l'objet de l'opération ;
  • l'identité des bénéficiaires ;
  • les explications du client ;
  • la cohérence économique.

La conclusion doit être documentée.

Constitution du soupçon

Le soupçon résulte d'une analyse, non d'un simple indicateur automatique.

Il peut naître de :

  • l'opération elle-même ;
  • la combinaison de plusieurs anomalies ;
  • l'absence d'explication satisfaisante ;
  • des incohérences KYC ;
  • des informations externes pertinentes ;
  • des liens avec des personnes ou structures à risque.

Le professionnel n'a pas à démontrer l'infraction sous-jacente comme le ferait une autorité judiciaire.

Déclaration de soupçon à TRACFIN

SOCLE COMMUN

L'article L.561-15 du CMF impose la déclaration des sommes ou opérations relevant du champ légal lorsque le professionnel sait, soupçonne ou a de bonnes raisons de soupçonner qu'elles proviennent d'une infraction concernée par le texte ou participent au financement du terrorisme.

Il n'existe pas de seuil monétaire général de déclaration de soupçon.

Les tentatives entrant dans le champ doivent également être prises en compte.

Moment de la déclaration

En principe, la déclaration intervient avant l'exécution afin de permettre, le cas échéant, l'exercice du droit d'opposition de TRACFIN.

Dans les cas légalement prévus, une déclaration peut intervenir après exécution et doit alors être transmise sans délai.

Canal

La plateforme ERMES constitue le canal sécurisé de télédéclaration de TRACFIN pour les professionnels déclarants inscrits.

Qualité de la déclaration

Une déclaration utile doit présenter :

  1. le déclarant ;
  2. le client ;
  3. le bénéficiaire effectif lorsque pertinent ;
  4. la relation d'affaires ;
  5. les opérations ;
  6. la chronologie ;
  7. les montants ;
  8. les contreparties ;
  9. les diligences réalisées ;
  10. les explications obtenues ;
  11. les anomalies constatées ;
  12. l'analyse conduisant au soupçon ;
  13. les pièces utiles.

La déclaration doit être factuelle, structurée, chronologique et motivée.

Confidentialité de la déclaration de soupçon

SOCLE COMMUN

La déclaration de soupçon est confidentielle.

Le client ne doit pas être informé :

  • de l'existence de la déclaration ;
  • de son contenu ;
  • des suites données.

Le système d'information doit donc appliquer des droits d'accès stricts aux dossiers de soupçon.

Les journaux, notifications et commentaires visibles par les utilisateurs non habilités ne doivent pas révéler l'existence d'une déclaration.

Conservation des documents

SOCLE COMMUN

Les documents recueillis au titre des obligations de vigilance doivent, en principe, être conservés pendant cinq ans selon les points de départ et modalités prévus par les textes.

La conservation concerne notamment :

  • pièces d'identité ;
  • données KYC ;
  • bénéficiaires effectifs ;
  • justificatifs ;
  • analyses ;
  • opérations ;
  • éléments ayant servi à la classification du risque.

Les règles sectorielles et autres obligations légales de conservation peuvent imposer des durées ou modalités complémentaires.

Gouvernance LCB-FT

Le dispositif doit être soutenu par une gouvernance appropriée.

Selon la taille et le statut du professionnel :

  • responsabilité des dirigeants ;
  • fonction conformité ;
  • responsable LCB-FT ;
  • déclarant TRACFIN ;
  • correspondant TRACFIN ;
  • instances de décision ;
  • comités de conformité ;
  • reporting périodique.

Les responsabilités doivent être formalisées et les conflits d'intérêts maîtrisés.

Procédures internes

Les procédures doivent couvrir au minimum les domaines pertinents pour le professionnel :

  • entrée en relation ;
  • KYC/KYB ;
  • bénéficiaire effectif ;
  • PPE ;
  • sanctions ;
  • classification du risque ;
  • vigilance constante ;
  • origine des fonds ;
  • origine du patrimoine ;
  • monitoring ;
  • alertes ;
  • examen renforcé ;
  • déclaration de soupçon ;
  • conservation ;
  • escalade ;
  • contrôle ;
  • formation.

Elles doivent être accessibles, à jour, approuvées et effectivement appliquées.

Formation et sensibilisation

Les collaborateurs exposés doivent recevoir une formation adaptée :

  • aux obligations réglementaires ;
  • aux risques du métier ;
  • aux typologies ;
  • aux outils ;
  • aux procédures internes ;
  • à la détection des signaux faibles ;
  • à la confidentialité.

La formation doit être adaptée aux fonctions : commercial, analyste, conformité, direction, opérations, contrôle, informatique.

Contrôle permanent et contrôle périodique

APPLICATION SECTORIELLE

Lorsque le cadre applicable le prévoit, le dispositif doit être contrôlé à plusieurs niveaux.

Contrôle permanent

Il vérifie régulièrement :

  • la qualité KYC ;
  • le respect des procédures ;
  • les délais de traitement ;
  • les alertes ;
  • les dossiers PPE ;
  • les levées de doute sanctions ;
  • les dossiers à risque élevé.

Contrôle périodique

Il apporte une évaluation indépendante du dispositif selon l'organisation requise :

  • gouvernance ;
  • cartographie ;
  • modèles ;
  • échantillons KYC ;
  • monitoring ;
  • déclarations ;
  • contrôles ;
  • remédiations.

Attention : les exigences précises de contrôle interne varient selon les professions. L'arrêté du 6 janvier 2021 possède son propre champ d'application.

Remédiation

Toute déficience significative doit conduire à un plan de remédiation.

Un plan efficace précise :

Élément Contenu

  • ------------ ------------------------------------------ Anomalie Description du défaut Risque Conséquence réglementaire/opérationnelle Action Mesure corrective Responsable Propriétaire de l'action Échéance Date cible Priorité Criticité Preuve Justificatif de réalisation Validation Contrôle de clôture

Exemples :

  • KYC incomplet ;
  • bénéficiaires effectifs manquants ;
  • scénarios mal calibrés ;
  • alertes en retard ;
  • filtrage incomplet ;
  • dossiers PPE non revus ;
  • procédures obsolètes.

Reporting réglementaire

OBLIGATION SECTORIELLE

Le reporting dépend de l'autorité de supervision et de la profession.

Il peut comprendre :

  • questionnaires LCB-FT ;
  • données quantitatives ;
  • statistiques d'alertes ;
  • informations sur les déclarations ;
  • gouvernance ;
  • effectifs ;
  • contrôles ;
  • incidents ;
  • plans de remédiation.

Le QLB utilisé dans le secteur prudentiel constitue un exemple de reporting sectoriel : il ne doit pas être présenté comme un formulaire universel applicable à toutes les professions.

Relations avec l'autorité de contrôle

Le professionnel doit être en mesure de démontrer l'effectivité de son dispositif.

Il doit pouvoir produire :

  • cartographie ;
  • classification des risques ;
  • procédures ;
  • dossiers KYC ;
  • justificatifs ;
  • historique des alertes ;
  • preuves de contrôle ;
  • formations ;
  • reporting ;
  • plans de remédiation.

Un dispositif théorique non effectivement appliqué expose l'organisme à un risque réglementaire important.

Externalisation et tierce introduction

Certaines diligences ou fonctions peuvent, dans les conditions prévues par les textes, s'appuyer sur un tiers ou être externalisées.

Le professionnel doit néanmoins maîtriser :

  • le périmètre externalisé ;
  • les responsabilités ;
  • la qualité des données ;
  • les délais ;
  • les droits d'accès ;
  • les contrôles ;
  • la continuité ;
  • la confidentialité.

L'externalisation ne doit pas conduire à une perte de maîtrise réglementaire.

Qualité des données

Un dispositif LCB-FT dépend directement de la qualité des données.

Les contrôles doivent porter sur :

  • complétude ;
  • exactitude ;
  • fraîcheur ;
  • unicité ;
  • cohérence ;
  • traçabilité ;
  • disponibilité.

Exemple : un moteur de filtrage performant reste inefficace si la date de naissance, les alias ou le bénéficiaire effectif ne sont pas correctement enregistrés.

Traçabilité et piste d'audit

Le professionnel doit pouvoir reconstituer :

Qui ? Quoi ? Quand ? Pourquoi ? Sur quelles données ? Avec quelle décision ?

La piste d'audit doit couvrir :

  • modifications KYC ;
  • scores ;
  • alertes ;
  • affectations ;
  • analyses ;
  • décisions ;
  • validations ;
  • changements de scénarios ;
  • listes utilisées ;
  • clôtures ;
  • remédiations.

Paramétrage des scénarios

Les scénarios automatisés doivent faire l'objet d'une gouvernance.

Cycle recommandé

  1. identification du risque ;
  2. définition du scénario ;
  3. paramétrage ;
  4. tests ;
  5. validation ;
  6. mise en production ;
  7. suivi des résultats ;
  8. calibration ;
  9. revue périodique ;
  10. archivage des versions.

Indicateurs utiles

  • volume d'alertes ;
  • taux de faux positifs ;
  • taux d'escalade ;
  • délai de traitement ;
  • couverture des risques ;
  • concentration par scénario ;
  • scénarios sans déclenchement ;
  • alertes transformées en dossiers de soupçon.

Deux cas pratiques transversaux

Cas pratique n°1 -- Personne morale, tiers payeur et PPE

Une société cliente réalise une opération très supérieure à son activité habituelle. Le paiement provient d'une société étrangère qui n'apparaissait pas dans le dossier initial. Une revue montre qu'une personne exerçant un contrôle indirect présente un statut de PPE.

Traitement attendu :

  1. réexaminer le KYC ;
  2. identifier le tiers payeur ;
  3. vérifier le bénéficiaire effectif ;
  4. qualifier le statut PPE ;
  5. analyser l'origine des fonds ;
  6. analyser l'origine du patrimoine lorsque requis ;
  7. examiner la justification économique ;
  8. requalifier le risque ;
  9. documenter les diligences ;
  10. apprécier l'existence d'un soupçon et, si les conditions sont réunies, déclarer à TRACFIN.

Cas pratique n°2 -- Fractionnement et absence de justification

Un client réalise une succession d'opérations d'un montant inférieur aux seuils internes de surveillance. Les opérations cumulées sont très supérieures à son activité habituelle. Les fonds transitent rapidement vers plusieurs bénéficiaires étrangers et les explications fournies sont contradictoires.

Traitement attendu :

  1. agréger les opérations ;
  2. comparer au profil attendu ;
  3. identifier les contreparties ;
  4. analyser les pays ;
  5. rechercher les liens entre bénéficiaires ;
  6. analyser l'origine des fonds ;
  7. demander les justificatifs pertinents ;
  8. examiner les incohérences ;
  9. escalader le dossier ;
  10. apprécier le soupçon indépendamment de tout seuil monétaire.

Matrice synthétique des obligations

Exigence Nature Intensité

  • ---------------------- ----------------------- ----------------------- Approche par les Socle commun Permanente risques

Identification client Socle commun Selon relation/opération

Bénéficiaire effectif Socle commun Lorsque pertinent

Connaissance de la Socle commun Permanente relation

Profil de risque Application adaptée Selon statut/métier

Vigilance constante Socle commun Permanente

PPE Mesures complémentaires Si situation PPE

Origine des fonds Adaptée au risque Renforcée si risque élevé

Origine du patrimoine Adaptée au risque Notamment PPE/risque élevé

Sanctions/gel Régime spécifique Selon champ applicable

Monitoring Sectoriel/adapté Selon activité

Examen renforcé Socle légal Si critères réunis

Déclaration TRACFIN Socle commun Dès conditions légales réunies

Confidentialité Socle commun Absolue sous réserves légales

Conservation Socle commun En principe 5 ans

Formation Organisation du Périodique/adaptée dispositif

Contrôle interne Sectoriel Selon textes applicables

Reporting superviseur Sectoriel Selon autorité

Remédiation Gouvernance Dès anomalie

Architecture fonctionnelle cible dans Single Point AML

Un dispositif informatique transversal peut être organisé autour des modules suivants :

Référentiel tiers

Clients, prospects, bénéficiaires effectifs, mandataires, dirigeants, contreparties.

KYC/KYB

Identification, justificatifs, activité, objet de la relation, revenus, patrimoine.

Risk Scoring

Facteurs clients, pays, produits, canaux et transactions.

Screening

Sanctions, gel des avoirs, PPE et référentiels pertinents.

Transaction Monitoring

Scénarios de profilage, seuils, agrégations et comportements.

Alert Management

Affectation, investigation, enrichissement, décision et piste d'audit.

Case Management

Regroupement des alertes et constitution d'un dossier d'analyse.

TRACFIN

Préparation contrôlée des informations nécessaires à la déclaration et suivi strictement habilité.

Remediation

Campagnes KYC, anomalies, plans d'action et preuves.

Regulatory Reporting

Indicateurs, questionnaires et extractions adaptés à l'autorité concernée.

Audit Trail

Journalisation des données, décisions et changements de paramétrage.

Indicateurs de pilotage recommandés

KYC

  • taux de dossiers complets ;
  • dossiers expirés ;
  • bénéficiaires effectifs manquants ;
  • dossiers à risque élevé non revus.

Filtrage

  • alertes sanctions ;
  • alertes PPE ;
  • faux positifs ;
  • délais de levée de doute.

Monitoring

  • alertes par scénario ;
  • taux d'escalade ;
  • stock ;
  • ancienneté ;
  • alertes hors délai.

Soupçon

  • dossiers escaladés ;
  • déclarations ;
  • délais d'analyse ;
  • compléments adressés à TRACFIN.

Contrôle

  • anomalies ;
  • recommandations ;
  • actions en retard ;
  • taux de remédiation.

Principes de conception d'un dispositif efficace

Un dispositif LCB-FT efficace doit être :

  • proportionné au risque ;
  • documenté ;
  • traçable ;
  • actualisé ;
  • explicable ;
  • contrôlable ;
  • réactif ;
  • confidentiel ;
  • adapté au métier ;
  • piloté par la gouvernance.

L'objectif n'est pas de générer le plus grand nombre d'alertes, mais de disposer d'un système capable de détecter, analyser, documenter et escalader les situations réellement pertinentes.

Points de vigilance pour l'utilisation de cette fiche

Cette fiche est volontairement transversale.

Elle ne doit pas conduire à considérer que :

  • toutes les professions sont soumises au même superviseur ;
  • tous les professionnels utilisent les mêmes scénarios ;
  • tous doivent produire le même reporting ;
  • l'arrêté du 6 janvier 2021 s'applique indistinctement à toutes les professions ;
  • toutes les activités citées dans un référentiel métier sont nécessairement des catégories autonomes de L.561-2.

Pour chaque profession, il faut compléter ce socle par :

  1. son fondement précis d'assujettissement ;
  2. son autorité de contrôle ;
  3. ses textes sectoriels ;
  4. ses lignes directrices ;
  5. ses typologies propres ;
  6. ses modalités de déclaration ;
  7. ses obligations de contrôle et de reporting.

Liens utiles officiels

Code monétaire et financier -- dispositif LCB-FT

Portail officiel

Obligations de vigilance

Obligations déclaratives

ERMES

Lignes directrices

Documentation par profession

ACPR

AMF

Direction générale du Trésor

GAFI

Conclusion opérationnelle

Le dispositif LCB-FT transversal repose sur une chaîne cohérente :

Connaître → Évaluer → Filtrer → Surveiller → Détecter → Analyser → Documenter → Escalader → Déclarer → Contrôler → Remédier

La conformité ne résulte pas de la présence isolée d'un outil de filtrage ou d'une procédure KYC. Elle résulte de l'articulation entre :

  • gouvernance ;
  • approche par les risques ;
  • connaissance client ;
  • bénéficiaire effectif ;
  • vigilance ;
  • filtrage ;
  • monitoring ;
  • investigation ;
  • déclaration ;
  • contrôle ;
  • formation ;
  • remédiation ;
  • traçabilité.

Single Point AML peut constituer la couche opérationnelle permettant de centraliser ces composantes, tout en conservant un paramétrage différencié par profession, activité, niveau de risque et autorité de supervision.

Avertissement réglementaire Cette fiche constitue un référentiel opérationnel général. Elle ne remplace ni le Code monétaire et financier, ni les règlements européens, ni les textes sectoriels, ni les lignes directrices des autorités compétentes. Toute implémentation doit être vérifiée au regard du statut exact de l'entité et des textes en vigueur.